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Le blog de entre-semnoz-et-cheran-gruffy et de ses botanistes

QUINOA, 2013 son année internationale

24 Octobre 2013 , Rédigé par Entre Semnoz et Chéran Publié dans #Généralités

ou

UNE RETOMBEE INATTENDUE DE LA CONQUETE SPATIALE ?

 

Lorsque les Conquistadors se lancèrent à la découverte du Nouveau Monde, ils ne pouvaient se douter qu’ils s’aventuraient sur ce que, au 20 ème siècle, on pourrait appeler « la zone quinoa ».

Les hauts plateaux (Catherine) et l'épis du Quinoa (internet)
Les hauts plateaux (Catherine) et l'épis du Quinoa (internet)

Les hauts plateaux (Catherine) et l'épis du Quinoa (internet)

Plante typique de la Puna[1], le quinoa, dans la langue Quetchua, Chenopodium quinoa  pour les botanistes, était aussi appelé « la graine d’or », ou « la mère de toutes les graines » et était déjà domestiqué par les peuples précolombiens 5.000 ans Av.JC (traces dans les tombes au Chili, Pérou. Avant la domestication, les feuilles et les graines du quinoa devaient déjà servir de nourriture dans une période bien avant, vers les 7.000 ans Av.JC ; on pense que des poteries de Tiahuanaco[2] représentent la souche primitive du quinoa avec plusieurs panicules le long d’une même tige. Cette « pseudo céréale », graine consommée comme céréale, est remarquée et décrite par les Espagnols :

 

 

 

Pedro de Valdivia en remarque les cultures ; cette nourriture de 2ième rang après la pomme de terre chez les andins, rappelant le mil ou le riz à grains courts, n’a pas échappé à Garcilaso de la Vega dit l’Inca (3) dans ses Commentaires Royaux ; une première expédition de ses graines vers l’Europe fut un échec à cause d’une trop grande humidité ! En 1560 Cieza de Leon (4) remarque le quinoa est abondamment semé sur les terres froides des hauts plateaux de Pato et de Quito, alors que le maïs se fait rare. Bien plus tard au 19ième siècle, Alexander Humboldt (5), au cours de son passage en Colombie, signale la présence du quinoa auprès des habitants.

Schéma d'un plant de Quinoa (Internet)

Schéma d'un plant de Quinoa (Internet)

Si les Espagnols rapportèrent dans le Vieux Monde le haricot, le maïs, la pomme de terre et autres solanacées, ils ne prêtèrent plus guère attention au quinoa : il est vrai que sa graine, avec son enveloppe contenant de la saponine et son absence de gluten, n’était pas propre à la panification en ces temps-là.

Cette absence de gluten, en plus de ses  très grandes qualités nutritionnelles, est une des raisons de sa commercialisation aux USA (50% de la consommation mondiale) dès les années 1980, en Europe, Australie etc. dans les magasins ‘branché’ bio et de commerce équitable.

De plus, le quinoa se cuisine salé ou sucré ! Cette mode des années 1980 n’est pas dû au hasard, et le fait qu’en 2013 sa reconnaissance mondiale par l’ONU et la FAO pour vaincre la faim dans le monde – « une priorité du défi Faim Zéro »- est la conséquence des recherches scientifiques – des décennies auparavant – de la NASA en quête d’une nourriture idéale pour les missions humaines de longue durée dans l’espace.

Par hasard, ces scientifiques tombèrent sur cette plante andine ! Simple curiosité au-delà des Andes où les Boliviens en faisaient la base de leur nourriture au quotidien, le quinoa fut enfin reconnu pour sa très grande valeur nutritionnelle, offrant un équilibre exceptionnel d’acides aminés et de nutriments essentiels à la vie, qu’aucun autre élément végétal ou animal ne pouvait offrir. Il faut y ajouter sa très grande adaptabilité aux milieux où on cherche à le faire pousser !

En langage plus populaire, c’était ‘’ le top du top’’ pour les conquêtes au long cours !!

l'alti plano, Pérou (Colette et Alain)

l'alti plano, Pérou (Colette et Alain)

Avec plus de protéines que la plupart des céréales, le quinoa est remarquable par la qualité de ses protéines, « composées d’acides aminés, dont 8 sont considérés comme essentiels pour les enfants comme les adultes » :

QUINOA, 2013 son année internationale

Les lipides (cf.  1er tableau) proviennent d’acides contenant oméga 6 et oméga 3, et la grande quantité d’antioxydant naturel (vitamine E) dans le quinoa les empêche de se détériorer. 

Le quinoa, comparé aux autres aliments du 1er tableau, reste le champion indiscuté, pour des valeurs en sels minéraux –calcium, fer, magnésium, phosphore, potassium, zinc - qui sont le double, le triple des autres (seul le blé le dépasse nettement pour le phosphore).

Quant aux vitamines, le quinoa en est une bonne source, en particulier vitamines E, B, dont l’acide folique (vit B9).

Concernant ses conditions de culture, rappelons que sa très grande adaptabilité lui fait accepter du sol sablo limoneux, au pH plutôt neutre de préférence, mais pouvant varier du pH 9 – sols alcalins- au pH 3.5 –sols acides !

Sur l'alti plano, 3800 m (Colette et Alain)

Sur l'alti plano, 3800 m (Colette et Alain)

La plus large diversité de climats –voir ce qui se passe dans la Puna !- lui est compatible. Sa résistance au manque d’humidité des sols, grâce à ses mécanismes physiologiques, est notoire. Si la température idéale est de 15°C à 20°C, le quinoa résiste aux conditions extrêmes de -8°C à +30°C. Il en est de même du rayonnement solaire, avec une certaine indifférence à la photopériode ; il pousse du niveau de la mer jusqu’à environ 4.000 m d’altitude. La plante idéale pour l’espace et les conditions de cultures encore inexplorées !!!

 

Pas étonnant donc, que la vente de cette « céréale perdue » des Incas monte en flèche dans les pays riches et que le Comité de l’Année International du Quinoa, (sous la présidence de la Bolivie, assistée des vice-présidents de l’Equateur, du Pérou et du Chili, alors que les rapporteurs sont l’Argentine et la France) choisisse comme devise

 

« UN AVENIR semé  IL Y A DES MILLENAIRES »,

 

                                                                Jean

à suivre.........................

Merci à Colette, Alain et Catherine pour leurs belles photos du Pérou

Femmes assises dans la rue (Catherine)

Femmes assises dans la rue (Catherine)

1-PUNA : région de la Cordillère des Andes, entre 3500 m et 4800 m d’altitude, au climat froid avec peu de précipitations-- en fait elles diminuent du Nord au Sud, la Puna du Pérou est bien arrosée (cf. Lac Titicaca) ; en Argentine, elle est désertique et quasi inhabitée--, avec des plateaux, des volcans et des salars – anciennes lagunes asséchées d’une mer disparue, qui sont fort convoitées pour ses « terres rares ».

2-TIAHUANACO : sud du lac Titicaca (3900m alt.) Bolivie, grand centre archéologique ; nombreux monuments antérieurs aux incas. Céramiques et techniques métallurgiques.

3-GARCILASO de la Vega, dit l’Inca (Cuzco 1539 – Cordoue 1616) : né d’une princesse inca et de Garcilaso de la Vega (1495-1559), conquistador au Pérou qui se fit remarquer pour son humanité à l’égard des populations péruviennes. A la mort de son père, il retourna en Espagne, et écrivit de nombreux ouvrages sur l’histoire du Pérou et des Incas.

4-Cieza de Leon (1520 -1554) : Cronicas del Peru , écrites en Espagne après avoir vécu et parcouru le Pérou jusqu’en 1551. Le 1ier tome de son vivant les deux. autres posthumes : 1871 et 1909

5-HUMBOLDT, Alexander von .. (1769 – 1859) : voyage exploration en Amérique tropicale de 1799 à 1804, dont il tirera 30 volumes !

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