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Le blog de entre-semnoz-et-cheran-gruffy et de ses botanistes

Erigeron annuus, vergerette annuelle

13 Septembre 2013 , Rédigé par Entre Semnoz et Chéran

ENVAHISSANTE ou INVASIVE * ?

Erigeron annuus ssp annuus

(note à nos chers lecteurs : over.blog ne veut pas de photos aujourd'hui!!!)

*« Par définition, sont considérées comme plantes exotiques invasives, toutes espèces qui par leur prolifération dans des milieux naturels ou semi-naturels, y produisent des changements significatifs de composition, de structure et/ ou de fonctionnement des écosystèmes. »

Pourquoi Erigéron, terme formé de 2 mots grecs ?

« eri » précoce, jeune et « geron » vieillard, ce qui serait une allusion à sa floraison printanière et aussi à sa capacité plus tard dans la saison (fin de l’été) à produire des akènes plumeteuses tout en continuant à former de nouveaux capitules ??

Vu le peuplement dense de cette astéracée radiée venue d’Amérique du Nord – 3 à 5 m de large sur 200m de longueur – sans rien laisser pousser d’autre, la réponse semblerait évidente !

Profitant des travaux de viabilisation d’un lotissement en cours de construction, et surtout ceux de rectification et enrochement d’un « ruisselet » qui traverse le susdit lotissement, il y a deux ans, Erigeron annuus ssp annuus s’est installée et bien installée ! Le sol de texture argileuse, riche en nutriments et matière organique (c’est un ancien pacage), au pH de toute évidence basique (E. annuus n’aime pas les sols acides), ainsi qu’une bonne exposition ensoleillée toute la journée lui conviennent parfaitement. Espèce rudérale pour certains, elle est aussi considérée espèce pionnière colonisatrice en concurrence avec d’autres espèces, « pouvant parfois former des populations mono spécifiques » : c’est bien le cas ici !!

Certes, comme ailleurs le long des routes, dans des prairies et jachères, elle formait -il y a peu- des touffes çà et là dans l’ancien pacage, avec d’autres ‘’colocataires’’ (si je puis dire !) : Dipsacus fullonum, Hypericum sp., (quelques rares sujets de Hypericum essaient de subsister sous le couvert imposant – 130cm de haut- d’Erigeron), Circium, et près du cours d’eau, Epilobium, Aruncus dioicus (qui ont émigré prudemment en aval !) Filipendula ulmaria, et un peu plus çà l’écart, à Sonchus asper, et Sonchus arvensis. Il ne reste plus rien de tout cela !

Fleur de l’étage collinéen, elle aime le plein soleil (thérophyte et hémicryptophyte) et sa dissémination est anémochore (graines dispersées par le vent). Mais la soudaineté de sa présence en une telle densité ne peut s’expliquer par la seule anémochorie ! Il faut revenir deux ans en arrière et aux travaux nécessitant l’emploi de gros engins chenillés : l’homme une fois encore, a contribué à sa propagation – vue la taille –minuscule !- des pappus d’Erigeron, il devait y en avoir des milliers d’akènes coincés dans les chenillettes !

Elle est diversement répertoriée dans les départements français – assez rare dans les Htes Alpes, elle est déjà bien présente dans les départements plus septentrionaux, Meurthe et Moselle, Moselle, Meuse etc.) et je passe sur la situation chez nos voisins belges et hollandais !

  • tige, rameuse dans le haut, atteint de 30cm à plus de 100cm de haut, avec des poils étalés épars à denses.
  • feuilles vert clair velues sur les 2 faces et lancéolées, brièvement pétiolées ou sessiles dans la partie supérieure de la plante, sont alternes et assez grandes (3-4cm de long).
  • inflorescence en corymbe lâche comporte des capitules de 1 à 2cm : sur le pourtour, fleurs ligulées étalées, larges de 0,5mm égales au moins au diamètre du centre, elles sont de couleur blanche ou lilas (des spécimens rose ou lavande pâle ne sont pas rares, ces variations de pigmentation restent inexpliquées – minéraux dans le sol, génétique, ou autre facteur ? L’observation laisserait à penser que les individus ainsi colorés pousseraient plus souvent dans des milieux plus ombragés.

A ce propos, Hilton-Pond Center for Piedmont Natural History, York Sth Carolina (www.hiltonpond.org) rappelle que le nombre des ligules extérieures (de 40 à 100) ne manquerait pas de dépiter le jeune amoureux la méprenant pour une marguerite (Ox-eye daisy), cherchant à prédire l’avenir de ses amours car il serait condamné à une tâche bien longue et fort délicate à cause de l’étroitesse des liguliflores : suspense interminable , même si la comptine est plus expéditive qu ‘en français

« she loves me, she loves me not ».

Les tubuliflores du centre sont jaunes, ce qui lui donne -pour le regard distrait et peu inquisiteur – une ressemblance avec d’autres astéracées : Leucanthemum sp. ou Matricaria sp. ! Mais la différence de taille saute aux yeux (sans parler des feuilles tout à fait différentes!)

Si les liguliflores blanches extérieures sont stériles et ne servent qu’à attirer les insectes vers les « fleurs » (jaunes) du centre riches en nectar et pollen, Erigeron est réputée hermaphrodite et la pollinisation croisée n’est pas vitale.

Annuelle, comme son nom l’indique, elle peut dans des conditions climatiques très tempérées avec des hivers doux, former à l’automne une rosette de feuilles qui au printemps suivant donnera tige et floraison.

Post-scriptum :

Certaines vergerettes (erigeron aurantiacus, e. aureus, e.eatonii, e.speciosus-Stenactis speciosa) sont cultivées pour l’ornementation ; ainsi trouve-t-on aurantiacus (liguliflores orange vif avec disque jaune) et speciosus... (pourtour bleu lilas, avec disque jaune) dans le catalogue Clause.

In « Alain Baraton, Savoir faire du bon jardinier/ La Maison Rustique » : Erigeron karvinskianus –je cite : « les petites marguerites blanches à cœur jaune de l’érigéron fleurissent toute la saison, son feuillage est légèrement duveteux ! » -je vous laisse apprécier le vocabulaire.....mais c’est aussi vrai pour le mot « daisy » qui désigne en anglais un certain nombre d’astéracées du modèle de l’humble pâquerette (Bellis perennis)! Soyons indulgents !!

Jean

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chatou11 16/09/2013 12:31

Ah c'est tout de même mieux avec les photos... j'aime beaucoup la petite bannière en flash, superbe!
Je ne connais pas cet érigeron là mais j'ai les petits Erigerons karvinskianus dont parle Alain Baraton et je les adore. Tu sais que j'aime les plantes envahissantes et même invasives!
Bonne semaine